Ces dernières semaines, je vous ai proposé deux articles autour d’une même idée. Le premier vous invitait à vous demander si vous étiez réellement prêt pour l’été. Le second s’intéressait à la canicule et à ce qu’elle révèle de notre capacité – ou de notre incapacité – à nous adapter lorsque notre organisme est soumis à une contrainte supplémentaire. Derrière ces deux réflexions se cachait déjà la même question : lorsque le rythme change, lorsque l’on ralentit enfin, qu’est-ce que cela fait dans votre corps ? Car l’été ne crée pas toujours les tensions. Bien souvent, il ne fait que les rendre visibles.
Ce matin encore, une amie m’a appelée. Sa voix était fatiguée. Elle venait pourtant de lever le pied depuis quelques jours. « Je ne comprends pas, m’a-t-elle dit. Je ne cours plus partout, mais je suis épuisée. Je dors, pourtant je ne récupère pas. Mon cerveau continue de tourner sans arrêt. » En l’écoutant, je me suis rendu compte que cette conversation, je l’entends presque chaque semaine au cabinet. Les mots changent, les histoires sont différentes, mais le ressenti est souvent le même. Beaucoup de personnes pensent manquer de vacances. En réalité, elles semblent surtout avoir perdu la capacité de récupérer.
« On ne s’effondre pas toujours parce que l’on fait trop.
On s’épuise parfois parce que le corps ne sait plus comment s’arrêter. »
La surcharge mentale est devenue une expression familière. On l’utilise pour parler d’un agenda débordant, d’une liste de tâches interminable ou de responsabilités qui s’accumulent. Pourtant, cette définition reste incomplète. Ce qui épuise profondément n’est pas uniquement ce que nous faisons. C’est aussi ce que notre organisme continue à porter lorsque tout semble enfin terminé. Les obligations disparaissent parfois pour quelques heures, mais le corps, lui, reste mobilisé. Les épaules demeurent tendues, la respiration reste courte, le sommeil ne répare plus vraiment. C’est souvent à ce moment-là qu’une autre question mérite d’être posée : et si le véritable problème n’était plus la quantité de choses à faire, mais l’incapacité de votre corps à comprendre que le danger est terminé ?
On croit manquer de vacances. En réalité, on manque parfois de récupération.
Lorsque l’on se sent épuisé, le premier réflexe consiste souvent à penser qu’il manque simplement quelques jours de repos. Nous attendons le week-end. Puis les vacances. Nous imaginons que le changement de rythme suffira à remettre les compteurs à zéro. Pourtant, une réalité surprend beaucoup de personnes. Les premiers jours de congé, elles continuent de se réveiller fatiguées. Elles s’endorment difficilement. Elles n’arrivent pas à profiter pleinement de leurs journées. Certaines me disent même qu’elles se sentent plus épuisées après une semaine de vacances qu’avant leur départ. Comme si leur organisme refusait de relâcher une tension devenue permanente.
On ne récupère pas parce que l’on s’arrête. On récupère lorsque le corps comprend enfin qu’il peut s’arrêter.
Le repos n’est pas seulement une question de temps libre. C’est une capacité du système nerveux à quitter un état de vigilance. Lorsque celui-ci reste mobilisé depuis des semaines, parfois des mois, il ne bascule pas automatiquement dans un état de récupération parce que l’agenda est vide. Il continue de surveiller, d’anticiper, de rester prêt. Le danger a disparu, mais le corps agit encore comme s’il était présent. C’est souvent ce décalage qui explique cette sensation déroutante : avoir enfin le temps de souffler… sans jamais réussir à reprendre son souffle.
La surcharge mentale n’est pas seulement dans la tête
Nous parlons aujourd’hui très facilement de surcharge mentale. Pourtant, cette expression est souvent réduite à une accumulation de tâches ou à une mauvaise organisation. En consultation, la réalité est bien différente. Les personnes qui souffrent de surcharge mentale ne pensent pas seulement beaucoup. Elles restent en état de disponibilité permanente. Elles anticipent ce qui pourrait arriver, vérifient ce qu’elles auraient pu oublier, imaginent les conséquences d’un imprévu avant même qu’il ne survienne. Leur cerveau ne travaille plus uniquement lorsqu’il y a quelque chose à résoudre. Il continue à fonctionner même lorsqu’il n’y a plus rien à faire.
La surcharge mentale ne se mesure pas au nombre de pensées. Elle se reconnaît à l’impossibilité de les interrompre.
C’est pour cette raison que deux personnes ayant exactement la même journée ne termineront pas leur soirée dans le même état. L’une pourra réellement se détendre. L’autre restera intérieurement mobilisée, incapable de décrocher complètement. Ce n’est pas une question de volonté. Encore moins de faiblesse. C’est souvent un mode de fonctionnement qui s’est installé progressivement, jusqu’à devenir presque invisible pour la personne elle-même.
Le corps apprend à rester en alerte
À force de vivre dans cet état de mobilisation, le corps finit par considérer cette tension comme normale (stress chronique). Les épaules restent légèrement remontées sans que l’on s’en aperçoive. La respiration devient plus courte. Les mâchoires restent serrées. Le sommeil perd de sa profondeur. Le moindre imprévu déclenche une accélération immédiate de tout l’organisme. Peu à peu, cet état d’alerte cesse d’être une réaction ponctuelle. Il devient le fonctionnement habituel.
Le corps n’a pas de bouton « arrêt ». Il reproduit simplement l’état dans lequel il a appris à survivre.
C’est précisément pour cette raison que certaines personnes ont l’impression de ne jamais récupérer, même lorsqu’elles ne travaillent plus, même lorsque les enfants ont grandi, même lorsque les vacances commencent enfin. Leur environnement a changé, mais leur organisme, lui, continue d’appliquer le même programme de vigilance. Comprendre ce mécanisme est essentiel, car il permet de regarder autrement cette fatigue chronique qui semble parfois incompréhensible. Ce que beaucoup décrivent comme un manque d’énergie est souvent un corps qui n’a plus appris à redescendre naturellement de son état d’alerte.
Êtes-vous prêt pour affronter l’été ?
Comme nous l’avons vu dans notre réflexion sur l’été et la canicule, certaines périodes ne créent pas les difficultés ; elles révèlent simplement des déséquilibres qui existaient déjà.
Pourquoi les ruminations prennent toute la place
Lorsque tout s’arrête enfin, beaucoup imaginent que le calme va naturellement s’installer. C’est souvent l’inverse qui se produit. Les pensées deviennent plus présentes. Les conversations de la journée reviennent en boucle. Les décisions prises quelques heures plus tôt sont réexaminées. Les inquiétudes concernant demain prennent soudain toute la place. Certaines personnes y voient la preuve qu’elles réfléchissent trop. Pourtant, les ruminations ne sont pas toujours le problème principal. Elles sont parfois le langage d’un organisme qui reste en état d’alerte.
Le silence ne crée pas les ruminations. Il leur laisse simplement la place de se faire entendre.
Plus le corps reste mobilisé, plus le cerveau cherche une raison à cette tension qu’il ressent. Il passe alors d’un sujet à l’autre, comme s’il tentait de résoudre un danger invisible. Une fois un problème analysé, un autre apparaît. Puis un troisième. Ce n’est pas parce que le cerveau aime compliquer les choses. C’est parce qu’il cherche désespérément à donner un sens à un état d’alerte qui, lui, ne s’est jamais vraiment interrompu.
Comprendre ne suffit pas toujours
De nombreuses personnes arrivent en consultation avec une analyse très juste de leur situation. Elles savent pourquoi elles sont fatiguées. Elles connaissent les événements qui les ont fragilisées. Elles ont lu, écouté des conférences, parfois suivi plusieurs thérapies. Elles comprennent parfaitement leur fonctionnement. Pourtant, lorsqu’elles ferment les yeux le soir, leur corps continue de réagir comme avant.
Comprendre apaise parfois l’esprit. Cela ne suffit pas toujours à rassurer le corps.
Cette différence est essentielle. La compréhension intellectuelle est précieuse. Elle permet de mettre des mots sur une expérience. Mais elle ne modifie pas automatiquement les réactions physiologiques qui se sont installées au fil du temps. C’est la raison pour laquelle certaines personnes peuvent expliquer avec beaucoup de précision ce qu’elles vivent tout en continuant à ressentir les mêmes tensions, les mêmes réveils nocturnes ou la même incapacité à récupérer.
Le corps a parfois besoin qu’on lui montre que le danger est terminé
Notre organisme apprend en permanence. Il apprend à réagir, à anticiper, à se protéger. Lorsqu’un état de vigilance dure longtemps, il finit par devenir la nouvelle norme. Ce n’est pas un choix conscient. C’est un apprentissage. Et comme tout apprentissage, il peut évoluer lorsque les bonnes conditions sont réunies.
Le corps ne résiste pas au changement. Il attend simplement une expérience suffisamment rassurante pour modifier ce qu’il a appris.
C’est dans cette perspective que s’inscrivent les approches centrées sur la régulation corporelle. Elles ne cherchent pas à convaincre la personne qu’elle devrait être calme. Elles s’intéressent à la manière dont le système nerveux peut progressivement retrouver une sensation de sécurité. Car c’est souvent à partir de cette expérience que la récupération devient de nouveau possible.
La vraie question n’est plus : « Comment tenir ? »
Pendant longtemps, beaucoup de personnes cherchent à tenir encore un peu. Elles développent des stratégies, s’organisent davantage, repoussent leurs limites, espérant que cette période difficile finira par passer. Mais lorsque le corps reste mobilisé en permanence, la question change de nature. Il ne s’agit plus de savoir comment continuer à avancer malgré la fatigue.
La véritable question n’est plus : comment tenir encore ? Elle devient : comment retrouver la capacité de récupérer ?
Cette nuance transforme complètement le regard porté sur la surcharge mentale. L’objectif n’est plus uniquement de réduire le nombre de tâches ou de mieux gérer son temps. Il devient essentiel de comprendre pourquoi le corps ne parvient plus à quitter cet état de vigilance qui l’épuise jour après jour.
Nous associons souvent la fatigue à ce que nous faisons. Pourtant, l’expérience clinique montre une autre réalité. Certaines personnes continuent de s’épuiser alors même que leur quotidien s’est allégé. Elles disposent enfin de temps. Elles dorment davantage. Elles essaient de ralentir. Malgré cela, leur organisme reste mobilisé comme si une urgence persistait encore.
C’est peut-être là que commence la véritable réflexion. Non pas en se demandant pourquoi l’on est fatigué, mais en observant ce qui se passe dans son corps lorsque, enfin, plus rien n’exige réellement notre attention.
Qu’est-ce que cela fait dans votre corps lorsque vous essayez simplement de vous reposer ?
Et si vous commenciez par écouter ce que vous vous dites chaque matin…
Avant même de sortir du lit, prenez quelques secondes pour observer les premières phrases qui traversent votre esprit.
Peut-être vous reconnaissez-vous dans l’une d’elles :
- Je suis toujours fatiguée.
- Pourtant, je dors…
- La fatigue ne me quitte jamais.
- Je me réveille déjà fatiguée.
- J’ai l’impression d’être fatiguée dès le matin.
- Je suis épuisée avant même de commencer ma journée.
- Je me repose, mais je ne récupère pas.
- Je suis fatiguée sans savoir pourquoi.
- Mon corps est fatigué, mais mon cerveau ne s’arrête jamais.
Si plusieurs de ces phrases vous semblent familières, votre corps essaie peut-être de vous transmettre un message. Avant de chercher à lutter contre cette fatigue, prenez une minute pour lui offrir un signal différent.
Mettez une musique entraînante. Levez-vous. Secouez doucement tout votre corps pendant une minute. Puis stimulez les points situés sous les clavicules en réalisant une routine bonne humeur et ouste le stress !
Vous pouvez suivre la démonstration dans cette vidéo YouTube :
Comment passer une journée en pleine forme ?
L’objectif n’est pas de « faire disparaître » la fatigue en quelques minutes. Il s’agit d’envoyer à votre système nerveux un premier message : le mouvement reprend, le corps peut commencer à sortir de l’état d’alerte.
Si, en lisant ces lignes, vous reconnaissez cette difficulté à récupérer malgré le repos, cette vigilance qui ne s’interrompt jamais vraiment ou ces ruminations qui prennent toute la place dès que le calme revient, il peut être utile d’explorer ce qui maintient cet état d’alerte.
Un accompagnement personnalisé permet d’observer ces mécanismes de manière précise et d’intervenir là où ils s’installent réellement : dans les réactions du corps
Frustration chronique : pourquoi votre corps reste bloqué
Dans un précédent article consacré à la frustration chronique, nous avions déjà vu que certaines tensions s’installent progressivement dans le corps, bien avant que nous en prenions réellement conscience.


